Microcentrales : le Nant Bénin en danger

Les dangers des microcentrales sur l’environnement 

 

Alors que la transition écologique a le vent en poupe, une menace sur la biodiversité se développe paradoxalement : celle des microcentrales hydroélectriques à la faveur d’un assouplissement de la réglementation[1] sur leur mise en œuvre. De nombreux petits cours d’eau seraient impactés en dépit de l’apport négligeable en énergie qu’ils fourniraient. En revanche, les dégâts environnementaux seraient, eux, irréversibles. C’est le cas du Nant Benin. Retour sur une rivière labellisée qui risque de disparaître dans une conduite forcée.

 

Le Nant Bénin, le joyau de la Tarentaise 

Le bassin versant du Nant Benin se situe  en effet dans le département de la Savoie en Région Rhône – Alpes, en zone d’adhésion du Parc National de la Vanoise. Il s’agit de la vallée de la Tarentaise.  Le parcours du Nant Benin mesure 8 km environ, en comptant ses affluents sa longueur atteint 24 km. La superficie du bassin hydrographique est d’environ 14 km². C’est un affluent du Ponthurin, lui-même affluent de l’Isère.

 

Un torrent préservé :

Ce cours d’eau ne traverse aucune zone urbanisée. Sur la partie supérieure, entre 2640 m d’altitude et 2200 m, ce torrent traverse des prairies et des alpages. Puis il divague sur un plateau (environ 2km) jusqu’aux Bauches à 1770 m. Sur ce secteur la pente est faible, environ 10%.

Puis ce cours d’eau incise fortement la vallée et traverse une forêt. Il devient presque inaccessible. La pente augmente jusqu’à un maximum de 53 % à l’amont de la confluence entre le Nant Benin et le Ponthurin à 1300 m d’altitude. Dans ce ravin très pentu la forêt présente des faciès « subnaturels », des troncs pourrissant au sol, des embâcles sur le torrent ! Une zone de tranquillité pour la faune sauvage, qui abrite de nombreux cervidés et même, en haut, des tétra-lyres.  Une biodiversité appréciée de tous y compris des chasseurs !

 

Un fonctionnement hydrique qui se concentre sur le printemps et l’été

Le régime hydrique est de type pluvio-nival de montagne, l’essentiel du débit annuel s’écoule en été car à 1700 m l’essentiel des précipitations entre novembre et mai tombe sous forme de neige qui ne fond qu’en fin de printemps.

 

Un projet de microcentrale qui est loin de faire l’unanimité

L’association Nant Sauvage, s’est justement créée pour alerter l’opinion publique sur les dangers qui menaçaient ce joyau, l’un des derniers de la Tarentaise. Cette vallée a déjà largement donné à l’hydroélectricité, en échange de la perte de 3 sur 4 de ses grandes cascades emblématiques du fond de vallée et d’un tronçon de torrent à sec.

Depuis, un nombre significatif d’institutions et d’organismes ont émis des avis motivés et argumentés sur le Nant Bénin, tous reconnaissant sa valeur et favorables à sa conservation :

L’AFNOR ; Le Ministère de la Transition écologique et solidaire lors de la remise du label  « site rivière sauvage » mais aussi le magazine pêches sportives N°111 ; rapport 2017 d’enquête publique sur le SCOT Tarentaise ; les pêcheurs de la FSPPMA[2], et l’AFB. 1900 habitants principalement de Peisey et ses alentours ont signé la pétition contre le projet, 10 000 signatures recueillies.

 

Un organisme officiel s’est auto-saisi du dossier :  cliquez ici pour tout lire

Le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel Auvergne-Rhône-Alpes :  lors de sa séance du 12/10/2017, le CSRPN a examiné le dossier relatif au projet de microcentrale sur le Nant Bénin à la suite de son auto-saisine du 22/06/2017. Il a émis un avis défavorable à ce projet de microcentrale électrique sur le Nant Bénin pour les raisons suivantes : « L’étude d’impact réalisée dans le cadre de ce projet de microcentrale est très incomplète et conduit à des conclusions erronées. »

Les microcentrales sont une mauvaise réponse à la transition écologique

Les citoyens et les industriels se sont engouffrés dans les investissements pour la transition énergétique et à raison.  Il fallait en effet trouver des solutions durables  et pérennes.

La récente simplification de la  procédure, avec la suppression de l’exigence systématique d’étude d’impact et d’enquête publique pour les petites centrales hydroélectriques a malheureusement entraîné la mise en place de chantiers qui portent atteinte à l’environnement et ne résolvent pas l’épineuse question de la transition énergétique

L’apport des petites centrales hydroélectriques supplémentaire est  en effet négligeable sur le plan énergétique (10 % de la Production hydroélectrique mais seulement  1% de la production électrique et 0,2% de la consommation d’énergie).

En revanche, elle va entrainer la disparition de zone de biodiversité importantes.

L’impact environnemental insuffisamment pris en compte

Les industriels ne tiennent pas suffisamment compte des modifications physiques des milieux, du changement du régime d’écoulement des cours d’eau, des atteintes à la libre circulation des espèces,  des transferts de sédiments ou des altérations de la qualité de l’eau.

L’atteinte des objectifs environnementaux exigés par la politique européenne des milieux aquatiques (Directive Cadre sur l’Eau d’octobre 2000) repose autant sur la restauration hydro morphologique des cours d’eau que sur la lutte contre les pollutions de toutes nature. Or, l’hydroélectricité accroit les pressions hydro morphologiques qui risquent d’empêcher d’atteindre ces objectifs contraignants.

 

Une réglementation à peine respectée

Les associations demandent que les pouvoirs publics prennent la mesure des risques et fassent jouer l’ensemble de la réglementation pour décourager les projets situés dans les lieux les plus sensibles (têtes de bassin, Réservoirs Biologiques, cours d’eau en Très Bon Etat, zones de frayères, rivières sauvages potentielles…) ou situés dans des zones protégées à des titre divers, ou lorsque la qualité du paysage en souffrirait.

D’autres technologies pourraient prendre la place de l’hydroélectricité[3]

En matière de production d’électricité renouvelable, l’essentiel des besoins de la transition énergétique proviendra de l’éolien, du solaire, de la biomasse. Ce sont des technologies jeunes, en progression technologique constante, loin de leur potentiel et qu’il convient d’encourager.

« L’aide publique à l’énergie hydroélectrique devrait orienter les investissements vers les sites les moins sensibles ou les installations sans impact notable sur l’environnement : turbinages des réseaux publics (eau potable et eaux usées), turbinage des débits réservés, écluses,  ouvrages divers existants et sans impacts sur la biodiversité » de l’avis de bon nombre de spécialistes dont Martin Arnould, Président du fonds pour la Conservation des rivières sauvages.

Et réserver les subventions uniquement aux installations pouvant produire en saison hivernale, car, comme l’a signalé récemment l’Autorité Environnementale, en été :  « la valorisation de l’énergie […] est relativement faible. »[4]

 

Et pour aller plus loin ? Cliquer pour télécharger les documents

La newsletter N°8    la plaquette sur les microcentrales Les microcentrales selon ERN

 

[1]https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/hydroelectricite

                http://www.ademe.fr/entreprises-monde-agricole/reduire-impacts/produire-utiliser-energies-renouvelables/energies-renouvelables-electriques/dossier/production-delectricite/hydroelectricite

[2] Fédération de Savoie pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique

[3]

Hydroélectricité de forte puissance, autres usages de l’eau et reconquête de la biodiversité : une réflexion prospective sur les politiques publiques. Synthèse du séminaire du 4 novembre 2016

François GUERBER, Pierre-Alain ROCHE Conseil général de l’environnement et du développement durable  La Houille Blanche, n° 3, 2017, p. 64-69

[4] http://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/avis_ponturin_delibere.pdf

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